Joël Sternheimer et ses protéodies

Depuis 2017, nous avons installé un haut-parleur dans les vignes, pour les aider à lutter contre l’esca, un microchampignon parasite. Ce système nous avait été recommandé par Michel Loriot, un ami de jeunesse, très mélomane, qui avait participé aux premiers essais en Champagne lorsqu’il était président des Vignerons Indépendants de Champagne. Nous avons peu à peu découvert que toute une aventure se cachait derrière ce haut-parleur, celle de son inventeur, Joël Sternheimer.

Joël Sternheimer est né le 31 janvier 1943 à Montluel. Il a un frère aîné, Daniel, né en 1938. Alors qu’il n’a que 10 mois, son père est déporté à Auschwitz, dont il ne reviendra pas, et Joël est élevé par sa mère, un oncle et une tante.

Après avoir obtenu son bac, il se lance dans des études scientifiques et est admis en prépa. Il y noue de solides amitiés et compose des textes rigolos en rapport avec ses études sur les tubes de l’époque. En 1964, il obtient une licence ès-sciences mathématiques et un diplôme d’Études supérieures de mathématiques approfondies. En 1966, il obtient son doctorat en physique théorique à l’Université de Lyon V. Recommandé par Louis de Broglie, il part alors à Princeton en tant qu’assistant, sous la houlette d’Oppenheimer.

 

Joël Sternheimer à Princeton
02 années Evariste

 En 1966, la guerre du Viêt-Nam éclate, et il y a « redistribution des crédits », c’est-à-dire que tous les scientifiques qui ne participent pas à l’effort de guerre se voient couper les vivres. Comme Oppenheimer, bourrelé de remords, ne voulait plus entendre parler d’effort de guerre, il se retrouve à sec. Joël, qui a une belle voix, part alors gratter de la guitare à Central Park pour récolter des fonds, en se disant qu’après tout Joe Dassin a commencé comme cela. Un jour, son prof découvre son activité et se montre enthousiaste quant à cette idée. Du coup, Joël fait sa valise et rentre en France pour entamer une carrière de chanteur et pouvoir financer lui-même ses recherches.

Un de ses anciens condisciples l’introduit chez Disc’AZ où son audition est un succès. Il faut dire qu’un certain Antoine, ingénieur de formation, cartonne dans une maison de disques concurrente avec des textes d’inspiration analogue à ceux de Joël.

Le succès est au rendez-vous, et pendant une dizaine d’années, Joël, qui a pris le pseudonyme d’Évariste en hommage au mathématicien Évariste Gallois, se déhanche sur scène avec enthousiasme et engrange de gros bénéfices. Son premier tube (en ligne sur YouTube) est : « connais-tu l’animal qui inventa le calcul intégral ».

Il étudie alors de près plus la synthèse des protéines : tout notre organisme est composé de protéines (os, muscle, sang, cerveau, etc.), et ces protéines sont constituées d’un enchaînement d’acides aminés accrochés en chaîne l’un après l’autre dans la cellule comme les perles d’un collier.

Joël Sternheimer découvre qu’à chaque fois qu’un acide aminé est fixé sur une chaîne protéique, il émet une toute petite onde à l’instant de son accrochage.

Les principaux acides aminés du vivant sont au nombre de 20 et cette onde est spécifique pour chacun d’entre eux. En l’amplifiant beaucoup, on obtient une note de musique dans le domaine de l’audible.

Joël dresse alors le tableau des  20 acides aminés avec les notes de musique correspondantes : il existe une note stimulante et une note inhibante pour chacun d’entre eux. La note sol est la note médiane, qui peut être soit l’un soit l’autre ; toutes les autres paires de notes sont à la même distance musicale de la note sol (par exemple, le fa est 1 ton en dessous du sol et le la 1 ton au-dessus du sol). 

Équipé d’un séquenceur ADN, Joël déchiffre l’enchaînement d’acides aminés de plusieurs protéines (c’est le séquençage) et transcrit les mélodies correspondantes. Il appelle ces mélodies des protéodies (de protéine & mélodie). Il compose ainsi, entre autres, la mélodie de l’hémoglobine.

Or, une de ses amies était restée très anémiée suite à une intervention chirurgicale. Joël Sternheimer lui fait alors écouter la protéodie de l’hémoglobine. Elle a l’impression que cela lui fait beaucoup de bien et lui demande de recommencer. Quelques jours après, sont taux d’hémoglobine redevient normal.

 

 

Joël Sternheimer fait plusieurs autres essais concluants avec des proches et comprend peu à peu que lorsqu’une protéodie paraît agréable à quelqu’un, c’était parce qu’elle correspond à un de ses besoins. Si au contraire elle lui paraît désagréable, c’était parce qu’elle lui nuit.

 

Même les animaux sont capables de ce ressenti ! Un chat souffrait régulièrement de crises d’asthme, et sa propriétaire laissait à sa disposition des écouteurs diffusant en continu la protéodie qui le soulageait. Lorsque le chat sentait venir une crise, il allait mettre sa tête entre les écouteurs. Au fil du temps, ses crises se sont atténuées et sont devenues moins fréquentes.

Joël baptise sa discipline « la génodique », comme génétique & mélodique.

Il regarde alors de plus près plusieurs succès musicaux et constate que leur réussite ne doit rien au hasard ! Par exemple, l’intro de « Roll over Beethoven » (Chuck Berry, 1956) correspond à une protéine qui est un réparateur d’ADN et l’aide résister aux radiations radioactives. Or on était en pleine période d’essais nucléaires aux USA (1945-1992). De même, le début du premier tube des Beatles, « Love me do », correspond à la séquence de la dopamine, aussi appelée « l’hormone du bonheur », qui augmente l’initiative, le plaisir sexuel mais aussi l’agressivité. Rien d’étonnant à ce que leurs groupies se soient déchaînées !

Il constate ainsi qu’en y allant au feeling, de nombreux artistes ont littéralement retranscrit leur ADN.

Il s’est alors dit que puisque c’était si compliqué de soigner les humains, il allait se tourner vers les plantes, un domaine moins sensible, afin de prouver l’efficacité de sa méthode, pour pouvoir ensuite soigner des humains.

Avec le soutien du biologiste Pedro Ferrandiz et de l’ingénieur Michel Duhamel, il se lance alors dans l’expérimentation végétale et fonde la société Genodics ; il obtient des résultats convaincants entre autres pour l’esca. L’esca est un micro champignon qui parasite la vigne en bouchant les pores du bois. Ce champignon gagne petit à petit du terrain et finit par faire mourir le pied. Les seuls traitements connus étaient l’arséniate de soude (interdit depuis longtemps) et le curetage des pieds, un travail de bénédictin qui consistait à retirer les parties malades du pied avec une petite tronçonneuse. Tous les pieds de vigne sont porteurs de l’esca, mais pour des raisons qui nous échappent, seule une partie d’entre eux développe la maladie.

Notre haut-parleur, sur le hangar derrière la cave

Et c’est ainsi que nous avons entendu parler de la génodique par notre ami Michel Loriot. Au cours de premiers essais en Champagne, il a constaté qu’au bout de quelques années, le nombre de pieds malades de l’esca avait beaucoup diminué dans les parcelles où il y avait de la musique, alors qu’il était resté stable dans les autres.

Nous nous sommes laissés convaincre et nous avons fait installer un haut-parleur qui couvre 1,5 ha de vignes. Il diffuse des protéodies pendant une dizaine de minutes trois fois par jour, à 8h00 , 12h00 et 19h00.

 

Les vignes ne sont pas les seules plantes concernées par les protéodies, loin de là : elles traitent plusieurs maladies végétales comme la mosaïque de la courgette et peuvent aussi accélérer la pousse des plantes. De nombreuses installations ont été faites dans des serres.

En 1991, Joël Sternheimer épouse Yuki Yamaguchi, une japonaise, avec laquelle il aura deux enfants. Dans les années 2000, il peut mener à bien plusieurs expérimentations humaines avec la génodique… au Japon !

Il étudie notamment « la corrélation entre le goût prononcé des malades pour certains passages de certaines chansons, et les molécules protidiques leur correspondant » avec des résultats encourageants.

Il a également pu mener des essais sur des patients souffrant d’acouphène, ainsi que de maux de tête, de contractions musculaires, d’hypertension, d’anémie et de diabète.

Malheureusement, même au Japon, Joël n’a pas pu trouver de sponsor.

Joël et Yuki

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la philosophie du chercheur : le but de la génodique n’a jamais été d’éradiquer les parasites, ni tout ce qui gêne de manière générale. Le vivant s’était développé avec des prédateurs et avec des parasites, et ces derniers sont tout aussi nécessaires à la survie des espèces que la respiration ou les aliments.

Par exemple, des réserves pour cervidés ont été créées pour que ces animaux puissent proliférer en paix à l’abri des prédateurs. Au lieu de se retrouver au paradis, l’espèce s’est mise à dégénérer parce que les animaux les plus faibles n’étaient plus éliminés par sélection naturelle, et les gérants de la réserve se sont vu contraints d’engager des chasseurs pour rétablir la situation.

L’objectif des protéodies est de permettre au parasite et à son hôte de cohabiter en paix en trouvant un juste équilibre, via un phénomène de résonnance. Car la nature est musique !

Il est à noter que l’effet placebo joue à fond avec les protéodies. Lorsque j’étais enfant (dans les années 70), on considérait que les personnes qui guérissait par effet placebo n’étaient pas sérieusement malades, et qu’elles mettaient des bâtons dans les roues des médecins qui travaillaient à nous guérir. Maintenant, on se dit qu’après tout ces personnes guérissent pour pas cher et de façon entièrement écologique, et que le but d’un traitement est de soigner les malades et non pas de valider des protocoles thérapeutiques. En ce qui concerne la génodique, le fait que le patient « y croie », qu’il ait foi dans cette technique et qu’il écoute les protéodies avec intérêt et empathie est un élément essentiel en faveur de sa guérison

Pour en revenir à Joël Sternheimer, la route de la reconnaissance a été trop longue : il a déposé un brevet en 1992, le « procédé de régulation épigénétique de la biosynthèse des protéines par résonance d’échelle ». Mais la patente ne sera acceptée par l’Office européen des brevets que vingt-deux ans plus tard, après des années d’expérimentations complémentaires dans le domaine agricole. Il était clair que l’expérimentation humaine à grande échelle n’était pas pour le lendemain, et que trouver un sponsor pour une technique qui d’une part ne générait aucun profit et d’autre part pouvait faire du tort à l’industrie pharmaceutique relevait de la gageure. Joël est décédé à l’âge de 80 ans, le 31 décembre 2023.

Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Ses nombreux collègues et amis poursuivent leurs recherches dans le vaste domaine des interactions entre le son et la matière, qui en plus de nombreuses applications dans le domaine agricole, touche aussi à la physique quantité, l’énergétique, la musicothérapie ou la formation des espèces.